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Trouvailles du Passé
Ellie ouvrit la trappe qui permettait d’accéder au grenier de la vieille maison de sa grand mère. La poussière se mit à virevolter pendant que l’air d’en bas s’engouffrait dans l’espace fermé et lourd de chaleur. Ellie n’avait pas joué dans le grenier depuis des années, mais ses souvenirs ne tardèrent pas à faire surface lorsqu’elle aperçut les boîtes de vêtements et parures, ainsi que la vieille maison de poupées victorienne de son enfance. Elle se rappela les nombreuses heures de bonheur passées à organiser des spectacles de marionnettes dans le théâtre que son grand-père avait construit pour sa mère lorsqu’elle était petite. Alors que ses yeux s’habituaient à la faible lumière, Ellie se mit à étudier la petite pièce encombrée. Enfant, elle avait passé beaucoup de temps chez ses grands-parents quand ses parents étaient au travail. Le grenier avait toujours été une source de ravissement pour elle lors des froids après-midi d’hiver ou des jours de pluie. Mais, quand elle se mit à grandir, le coffre à vêtements et les poupées de porcelaine perdirent leur attrait et elle préféra passer ses après-midi au centre commercial avec ses amis ou à la maison à écouter de la musique.
Maintenant âgée de 18 ans, Ellie voyait le grenier sous un nouveau jour. La maison de poupées et le théâtre de marionnettes étaient toujours là, ainsi qu’une myriade d’autres objets familiers. Le vieux coffre de cèdre n’avait pas bougé et se trouvait encore dans un coin de la pièce. Elle savait qu’il renfermait une vieille robe de bal délicatement enveloppée dans du papier de soie. Ellie se rappelait aussi y avoir vu d’autres objets, comme des albums de photos et des lettres qui, en tant qu’enfant, ne l’intéressaient pas et qu’elle avait tout simplement choisi d’ignorer. C’était précisément ces objets qu’Ellie voulait maintenant revoir. Le décès de sa grand-mère le mois précédent avait causé beaucoup de chagrin à Ellie. Elle se sentait coupable de n’avoir pas passé autant de temps avec elle lors de son vivant que lorsqu’elle était enfant. Sa grand-mère semblait cependant comprendre qu’elle n’était plus une petite fille.
Pour une raison ou pour une autre, Ellie avait commencé à se demander ce qui adviendrait des objets qui jonchaient le grenier. Sa mère avait nettoyé la vieille maison de sa grand-mère et avait distribué la plupart des objets qui s’y trouvaient parmi les membres de la famille. Quand sa mère décida d’entreprendre le grenier, Ellie lui demanda si elle pouvait l’aider. Et maintenant, alors qu’elle déambulait tranquillement entre les boîtes de vieux disques de sa mère en se penchant sous le plafond bas, elle pensa « Je ne me rappelle pas avoir dû me pencher comme ça la dernière fois que je suis montée ici ».
À genoux devant le vieux coffre, Ellie ouvrit le couvercle. La robe de bal s’y trouvait toujours, encore enveloppée et pressée. Sa grand-mère lui avait raconté que le soir où elle avait porté cette robe pour la première fois, elle avait rencontré son grand père, James Russell. C’était au bal de la faculté des arts de l’Université de Toronto en 1935 qu’elle était tombée follement amoureuse de ce bel étudiant en droit. Ellie se souvenait du regard rêveur de sa grand-mère alors qu’elle se remémorait ce jour. « Il était si beau quand il est arrivé dans notre entrée au volant de la voiture de son père et qu’il a épinglé une rose sur ma robe ». Grand-père était un homme rempli de bonté et Ellie se rappelait qu’il lui lisait des livres d’aventure lorsqu’elle était enfant. Il était décédée quand elle avait 12 ans. Ellie retira délicatement la robe du coffre. En dessous, fidèles à ses souvenirs, se trouvaient deux albums de photos dont la reliure de cuir comportait des têtes d’indiens sur la couverture ainsi qu’une liasse de lettres ficelées avec un ruban.
Ellie se pencha pour prendre une photo, nul doute l’œuvre d’un photographe professionnel, qui reposait sur le dessus de l’album de photos. C’était une photo de ses grands-parents. Au verso, sa grand-mère avait écrit de son écriture délicate :
Eleanor Taylor et James Russell, avril 1937 ; remise des diplômes en sciences infirmières.
Je suis heureuse d’avoir terminé mes études et de commencer à travailler à l’hôpital. Je suis aussi un peu triste car mon cher James va bientôt partir pour Winnipeg pour aller travailler au cabinet d’avocats de mon oncle Louis pendant l’été. C’est plutôt son père qui semble avoir la passion du droit et James caresse l’espoir que, s’il passe la plus grande partie de l’été à travailler à Winnipeg, il pourra convaincre son père de l’aider à prendre des vacances pour aller visiter l’Ouest canadien. Il est fasciné par les trains. Je crois bien qu’il aurait travaillé dans le domaine ferroviaire si son père n’avait pas insisté pour qu’il fasse des études en droit à l’université. Peut-être qu’après avoir fait ce voyage, il pourra s’assagir et m’aider à planifier notre mariage !
Ellie posa la photo et délicatement entreprit de dénouer le ruban qui entourait la pile de lettres. La première enveloppe était adressée à :
Eleanor Taylor
105 Queen's Park
Toronto, Ontario
Elle l’ouvrit doucement et déplia la lettre. Le papier était jauni mais l’encre était encore noire. Elle commença à lire.






